Jacob, Joseph, la Jalousie et un Voyage en Egypte (Genèse 36:1-37:36)

Introduction

C’est l’histoire (je suis sûr qu’elle n’est pas vraie) d’un homme qui était le seul survivant d’un bateau qui coula. Il réussit à se bricoler un radeau avec des morceaux du cargo du bateau et éventuellement s’échoua sur une île déserte. Là, il se construisit une hutte précaire et survécut grâce au peu de nourriture qu’il sauva du bateau. A chaque fois qu’un bateau passait à proximité de l’île, il essayait d’attirer l’attention sans réussite. Finalement, il vit un bateau qui passait plus prêt de l’île que les autres, et il se dépêcha d’allumer un feu pour signaler sa présence. A sa consternation, le bateau passa sans voir le signal et disparaissait à l’horizon. Par accident le vent souffla sur le feu et des étincelles tombèrent sur le toit de chaume de sa hutte. L’homme ne put que regarder comme toutes ses provisions tournaient en cendres.

« Tout est perdu, » il pensa, « et je n’en ai plus pour longtemps. » Soudainement, il remarqua que le bateau qui avait passé l’île faisait demi-tour et approchait. A son grand soulagement, il fut vu par l’équipage et fut secouru. Une fois à bord, le survivant, reconnaissant, alla voir le capitaine pour exprimer ses remerciements. « Mais pourquoi avez-vous fait demi-tour après que vous aillez passé mon île ? » il demanda. « Ben, nous avons vu le feu que vous aviez fait en incendiant votre hutte » le capitaine répondit.

La chose qui semblait être ce qui allait coûter la vie à ce naufragé fut son moyen de sauvetage. Ce qui sembla être un désastre pour lui devint un instrument de salût. C’est précisément le cas avec Joseph et Jacob dans Genèse 37. Un évènement tragique et cruel arriva qui fit s’écrouler le monde de Jacob. La vie ne valait plus le coût d’être vécue, il pensa, car il avait perdu la seule chose qui était la plus précieuse pour lui. Mais à la fin, la perte de Joseph pendant quelques années fut le moyen que Dieu utilisa pour sauver la nation de la famine et, pire encore, de la perte de pureté en étant absorbée dans la culture et la religion des Cananéens.

L’intensité émotionnelle des évènements de cet épisode de la vie de Jacob et de ses fils est difficile pour nous à attraper. Nous arrivons au chapitre 37 du Livre de Genèse tout comme si nous regardions une retransmission d’un match de foot vieux d’une semaine. Nous connaissons la fin de l’histoire. Nous savons que Jacob était dans l’erreur quand plus tard il se lamenta, « …vous me feriez mourir de douleur à mon grand âge » (Genèse 42:36). Seulement dans les affres de crises ou de tragédies pouvons-nous apprécier ce que Genèse éprouva dans ce chapitre.

Genèse 36 : Quelques Observations

J’ai choisi de passer brièvement sur les détails de Genèse 36 car l’intention principale de ce chapitre a déjà été réalisée. Vous voyez, les premiers lecteurs de ce chapitre étaient les Israélites qui étaient prêts à traverser la rivière Jourdain pour aller envahir le pays de Canaan et annihiler les Cananéens (Deutéronome 1:8 ; 20:16-18). Il y avait cependant quelques gens qui ne devaient pas être attaqués ou annihilés, parmi lesquels étaient les Edomites, les descendants d’Esaü :

« Alors l'Eternel me dit:

«Vous avez fait assez longtemps le tour de ces montagnes, prenez la direction du nord.

Ordonne au peuple: Vous allez passer près de la frontière de vos frères, les descendants d'Esaü, qui habitent la région de Séir; ils auront peur de vous, mais faites bien attention:

n'allez pas les attaquer, car je ne vous donnerai rien dans leur pays, pas même de quoi poser le pied. En effet, j'ai donné la région montagneuse de Séir en possession à Esaü. » (Deutéronome 2:2-5)

De peur que ce commandement soit enfreint, il était primordial pour ces Israélites du temps de Moïse de savoir qui les Edomites étaient et d’avoir un dossier soigneusement documenté de la génération d’Esaü. Ce dossier est la base pour le chapitre 36. Comme vous pouvez voir, cela n’a aucun rapport avec les Chrétiens d’aujourd’hui, bien qu’il était indispensable pour les premiers lecteurs de ce récit.

Cela étant dit, je ne veux pas vous laisser avec l’impression qu’il n’y a aucune valeur pour nous dans ces versets. J’aimerais suggérer deux avenues à considérer pour nous aujourd’hui. Premièrement, j’ai été impressionné par le fait qu’Esaü était un homme très gracieux. Pendant qu’il avait menacé de tuer son frère sur le coup de la colère, il le reçut chaudement (33:4), et quand la prospérité le nécessita, il déplaça sa famille et ses troupeaux pour ne pas le blesser :

« Esaü emmena ses femmes, ses fils et ses filles et tous les gens attachés à sa maison ainsi que ses troupeaux, son bétail et tous les biens qu'il avait acquis au pays de Canaan, et il émigra dans un autre pays, loin de Jacob, son frère.

Car leurs troupeaux étaient trop nombreux pour qu'ils puissent demeurer ensemble, et le pays où ils séjournaient ne pouvait plus subvenir à leurs besoins à cause de l'importance de leurs troupeaux.

Ainsi, Esaü s'établit dans la montagne de Séir. Esaü, c'est Edom. » (Genèse 36:6-8)

J’ai maintenu que si Dieu avait élu l’un ou l’autre des ces jumeaux sur la base de sympathie, IL aurait probablement choisi Esaü. Du moins, c’est qui j’aurai choisi. Bien que les choses spirituelles n’avaient pas d’importance pour lui (Genèse 25:34; Hébreux 12:16-17), il avait beaucoup de bonnes qualités. Dans les versets 6-8 ci-dessus, c’est Esaü qui a déménagé tout juste comme Abraham laissa Loth choisir (13:5) et s’en alla dans l’autre direction. Les élus de Dieu ne sont pas nécessairement des gens sympathiques, ni sont-ils toujours gracieux et gentils. C’est pourquoi l’élection est totalement séparée des actions des hommes, pour que le choix libre de Dieu soit vraiment libre (Romains 9:10-13).

Finalement, bien qu’Esaü fut disqualifié sur la base spirituelle, il était quand même un bénéficiaire de la grâce de Dieu. Abraham plaida avec Dieu de bénir son fils avec Agar, Ismaël, et IL l’a fait (Genèse 17:18-20 ; 25:16). Mais à part toutes les requêtes enregistrées d’Isaac pour Esaü, Dieu l’a beaucoup béni et l’a fait prospérer. Cela a même inclut à l’ordre de Dieu pour Israël de ne pas attaquer les Edomites, ni de prendre leur territoire (Deutéronome 2:1-7 ; 23:7 ; Nombres 20:14).

Les Générations de Jacob et la Jalousie de ses Fils (37:1-11)

« Jacob s'établit au pays de Canaan où son père avait séjourné.

Voici l'histoire de la famille de Jacob. Joseph, âgé de dix-sept ans, gardait les moutons et les chèvres avec ses frères. Il avait passé son enfance avec les fils de Bilha et de Zilpa, femmes de son père. Il rapportait à leur père leurs mauvais propos.

Israël aimait Joseph beaucoup plus que tous ses autres fils, car il l'avait eu dans sa vieillesse. Il lui fit une tunique splendide.

Ses frères virent que leur père le préférait à eux tous; alors ils le prirent en haine, et ils ne pouvaient plus lui parler aimablement.

Joseph fit un rêve et le raconta à ses frères, qui ne l'en détestèrent que davantage.

Il leur dit, en effet:
---Ecoutez, je vous prie, ce songe que j'ai eu.

Nous étions en train de lier des gerbes dans les champs. Soudain, ma gerbe s'est dressée et s'est tenue debout; les vôtres se sont placées autour d'elle et se sont prosternées devant elle.

Ses frères lui dirent:
---Prétendrais-tu devenir notre roi et nous gouverner? Et ils le détestèrent de plus belle à cause de ses songes et de ses propos.

Il eut encore un autre rêve qu'il raconta également à ses frères:
---Voici, leur dit-il, j'ai encore fait un rêve. J'ai vu le soleil, la lune et onze étoiles se prosterner devant moi.

Il raconta également ce rêve à son père qui le réprimanda et lui dit:
---Qu'as-tu rêvé là? T'imagines-tu que moi, ta mère et tes frères, nous allons nous prosterner en terre devant toi?

Ses frères étaient jaloux de lui: mais son père garda ce fait en mémoire. » (Genèse 37:1-11)

On a tendance à regarder le reste des chapitres de Genèse comme l’ « histoire de Joseph », mais ce n’est pas techniquement exact. Moïse fait allusion au chapitre 36 comme « la famille d’Esaü » (36:1,9). Dans Genèse 37:2, Moïse titre cette partie l’ « histoire de Jacob ». Nous ne devons pas oublier que Jacob ne quittera pas la scène avant Genèse 49, où nous trouvons le récit de sa mort. Cette dernière section, est donc un récit de Dieu travaillant dans la vie de Jacob et de ses fils par Joseph. Joseph est certainement la figure centrale de ces chapitres, mais il n’est pas la seule. Dieu est en train de former une nation de tous les fils de Jacob. Le voyage de Joseph en Egypte et sa promotion suprême à la position de Premier Ministre sous le règne de Pharaon rend possible la préservation de Jacob et de ses fils, de même que l’éducation de quelques leçons spirituelles de valeur.

Un des mauvais services que nous rendons à ce texte est que nous échouons à reconnaître la cause de l’animosité des frères de Joseph envers lui. Généralement, nous avons tendance à penser de Joseph comme un gosse de 8-10 ans, étant un petit mouchard pour de ses frères. C’est difficilement un crime qui mérite la peine de mort, et cela ne mérite pas les détails du récit. Joseph n’a pas 7 ans, mais 17 (37:2). Bon, dans un sens c’était jeune, mais dans l’ancien Proche Orient, les filles de cet âge étaient souvent déjà mariées, et les jeunes hommes n’étaient pas trop jeunes pour devenir rois (2 Rois 12:1).

Je crois vraiment que les frères de Joseph avaient quelque chose contre lui à cause du pouvoir qu’il exerçait sur eux. Dix-sept ans n’était pas spécialement jeune pour une telle autorité, mais il etait plus jeune que tous ses frères, et cela était en fait dur à avaler pour eux. Plusieurs lignes convaincantes convergent pour documenter cette assertion :

(1) Grammaticalement, l’autorité de Joseph n’est pas permissive, mais elle est préférable. George Bush, auteur du commentaire classique sur le Livre de Genèse, supporte fortement l’interprétation plus littérale du verset 2, duquel il écrit,

« … Littéralement gardait les moutons et les chèvres avec ses frères, ou agissant comme berger au-dessus de ses frères. Cependant, bizarre à nos oreilles était la phraséologie, c’est sans aucun doute le sens exact de ces mots était que Joseph était chargé de la supervision de ses frères, particulièrement les fils de Bilha et de Zilpa.24

Bush continue par des détails grammaticals considérables pour établir son point,25

(2) Après le péché de Ruben, Joseph fut donné le droit d’aînesse :

« Ruben était le premier-né d'Israël, mais parce qu'il avait eu des relations sexuelles avec l'une des femmes de son père, son droit d'aînesse fut donné aux fils de Joseph, fils d'Israël; ainsi Ruben ne fut pas recensé comme l'aîné.

Juda fut puissant parmi ses frères, et de lui est issu le prince d'Israël, mais le droit d'aînesse appartenait à Joseph. » (1 Chronicles 5:1-2)

Bien que cela ne soit pas avant le chapitre 49 que ce transfert soit clairement déclaré par Jacob, le péché qui précipita cela fut déjà enregistré dans Genèse 35:22. Ce ne serait pas inhabituel que Jacob ait exprimé ses intentions bien plus tôt à ses fils et qu’il commença même à donner à Joseph prééminence sur ses frères dans ces moments là. Des détails plus loin semblent démontrer ça.

(3) La tunique de Joseph était un symbole de l’autorité qui lui avait été donnée sur ses frères. La préférence de Jacob pour Joseph n’était pas un secret (37:2,3). La tunique que son père lui donna était vu comme l’évidence de l’amour plus grand de Jacob pour Joseph que pour n’importe quel autre fils. De plus, cette tunique indiquait encore plus que la préférence ; il symbolisait sa prééminence et supériorité.

Personne ne sait vraiment à quoi ressemblait cette tunique. Certains ont suggéré qu’elle était différente des tuniques de ses frères parce qu’il avait des manches longues,26 dans quel cas cela marquerait Joseph comme étant un « gars de direction » pendant que ses frères ne seraient simplement que des « cols bleus ». Tout comme les superviseurs ou chefs aujourd’hui sont remarqués par le fait qu’ils portent des complets (costumes), alors, Joseph était distingué par sa tunique à manches longues.

Pendant qu’il y ait des conjectures considérables sur ce sujet, une chose est certaine. Le terme qui fut utilisé pour la tunique de Joseph dans ce chapitre est trouvé ailleurs, dans 2 Samuel 13:18-19. Là, il est utilisé pour décrire une robe qui est portée par Tamar, la fille de David. Pendant que d’autres choses pouvaient être symbolisées par ce vêtement (telle que la virginité), la robe était l’évidence de royauté.

Dans le contexte de notre passage, je pense que la tunique de Joseph était considérée être symbolique de son autorité de la même manière que des galons sur un uniforme militaire. Les frères de Joseph détestaient ce vêtement et ce qu’il symbolisait, car leurs premières actions de violence fut de dépouiller Joseph de sa tunique (37:23).

(4) Le plus grand antagonisme envers Joseph fut des fils de Bilha et Zilpa (verset 2), pendant que les deux frères qui ont essayé de le libérer (Ruben et Juda) étaient les fils de Léa (37:21,26).Dans le verset 2, il est dit que Joseph passait beaucoup de temps aux champs avec les moutons accompagné les fils de Bilha et Zilpa. Ruben, et plus tard Juda, fils de Léa, essayèrent d’empêcher ou du moins de modifier le plan des autres de tuer Joseph. Une note dans la marge du verset 2 dans la version Berkeley27 suggère que les fils de Bilha et Zilpa étaient moins disciplinés, étant fils de mères païennes, pendant que Léa et Rachel démontreraient l’instruction relativement plus vertueuse de Laban.

Il y a peu de doute que Bilha et Zilpa faisaient parties d’une classe sociale plus basse que Léa et Rachel puisque les premières n’étaient que des concubines, pendant que les dernières étaient des épouses légitimes. Cette stratification sociale serait naturellement reflétée chez les fils de ces femmes et ainsi il n’était pas difficile de penser que Jacob aurait chargé Joseph de surveiller les fils de Bilha et Zilpa.

(5) Le rapport de Joseph à son père serait une partie logique et nécessaire de sa position et d’autorité comme superviseur. Joseph, à 17 ans, n’était pas un mouchard. Ça pourrait être difficilement le cas. Sûrement, ce genre de rivalité fraternelle serait attendue, mais ne méritant pas une telle contre-mesure de la part des frères de Joseph. Si Joseph avait été placé dans une position d’autorité (un boulot de supervision) par son père, qu’aurait été plus logique qu’un rapport à Jacob sur sa performance, efficacité, et sa fiabilité de ceux sous ses ordres ?

Quand Jacob demanda à Joseph d’aller à Sichem pour se renseigner sur ses fils et ses troupeaux (versets 12-14), il n’envoyait pas Joseph au bout de la rue pour espionner et rapporter sur ses frères C’était un voyage de plus ou moins 50 miles (80 kms) pour aller à Sichem et 70 miles (110 kms) jusqu'à Dotân ! Puisque Sichem avait été la scène du massacre des hommes de cette ville des années auparavant (34:25), Jacob n’aurait pas délégué cette tâche à la légère. C’était le genre de responsabilité qu’il ne pouvait que donner à quelqu’un qui n’avait jamais prouvé ses capacités de leader. Une mission sensible et potentiellement dangereuse ne pouvait pas être donnée à un fils sans fiabilité ou autorité.

(6) L’intensité de la réaction des frères de Jacob à son rêve indique qu’il y avait dû avoir quelques substances à leurs peurs que Joseph allait assumer un tel pouvoir et importance. Les frères de Joseph furent profondément angoissés par ses deux rêves (versets 8,11). Et quand le complot de le tuer fut conçu, les rêves furent une partie importante de leur hostilité et leur motivation :

« ---Voilà le maître-rêveur qui arrive, se dirent-ils les uns aux autres.

C'est le moment! Allez, tuons-le et jetons-le dans une citerne, nous dirons qu'une bête féroce l'a dévoré. On verra bien alors ce qu'il advient de ses rêves! » (Genèse 37:19-20)

Des rêves oisifs ou chimériques fournissent seulement une occasion pour rire. Dans la plupart des circonstances, le pire qui pourrait arriver serait que Joseph ait besoin d’être envoyé à l’asile pour sa propre protection. Mais s’il y avait déjà des évidences de son autorité, de ses capacités de leader, une peur des plus intenses les aurait envahit.

(7) Comme un genre de Christ, la cause du rejet de Joseph aurait été le refus de se soumettre à l’autorité de quelqu’un qui menacerait pouvoir et prestige personnel. Joseph, comme j’ai déjà dit, fut rejeté par ses frères car ils ressentaient l’autorité que leur père lui avait donné, spécialement quand ils raisonnaient qu’elle aurait du être la leur. N’était-ce pas le cœur de la raison du rejet de Jésus par les chefs religieux de Ses jours ? Quand Jésus enseignait les gens, la réponse était unanime :

« Quand Jésus eut fini de parler, les foules étaient impressionnées par son enseignement.

Car il parlait avec une autorité que n'avaient pas leurs spécialistes de la Loi. » (Matthieu 7:28-29)

Quel coup ça a du être à la fierté des chefs religieux d’Israël ! C’était la raison pour laquelle ils résistaient le Maître avec le challenge,

« ---De quel droit agis-tu ainsi? Qui t'a donné le droit de faire cela? » (Matthieu 21:23)

Toutes ces évidences me conduisent à la même conclusion : Joseph fut rejeté par ses frères parce que lui, le plus jeune de tous ces hommes (excepté Benjamin, bien sur), fut donné une position d’autorité au-dessus d’eux. Ce rejet de l’autorité de Joseph, avec le spectre de plus grande proéminence comme c’était présagé dans ses rêves, les menaient à conclure qu’ils devaient se débarrasser de lui pour protéger leurs positions.

Un Complot Diabolique, un Trou Vide, et un Achat Egyptien (37:12-36)

L’animosité envers Joseph a continué à monter jusqu'à ce que la situation devint explosive. Ce n’était maintenant plus qu’une question de temps et d’opportunité. Cette opportunité arriva finalement quand Jacob envoya Joseph à Sichem.

« Les frères de Joseph allèrent faire paître les troupeaux de leur père dans la région de Sichem.

Israël dit à Joseph:
---Je veux t'envoyer trouver tes frères qui font paître les troupeaux à Sichem.
Joseph répondit:
---Eh bien, j'y vais.

Son père lui dit:
---Va voir comment se portent tes frères et si tout se passe bien pour les troupeaux. Tu m'en rapporteras des nouvelles.
Il l'envoya donc depuis la vallée d'Hébron et Joseph se rendit à Sichem.

Un homme l'y rencontra, alors qu'il errait dans la campagne. Il lui demanda:
---Que cherches-tu?

---Je cherche mes frères, lui dit-il, peux-tu me dire où ils font paître leurs troupeaux?

---Ils sont partis d'ici, lui répondit l'homme, et je les ai entendu dire: «Allons vers Dotân.»
Joseph partit donc à la recherche de ses frères et les trouva à Dotân. » (Genèse 37:12-17)

L’inquiétude de Jacob pour les intérêts de sa famille et ses troupeaux n’était pas sans fondement. Sichem était la ville où Dina avait été violée et où les fils de Jacob, spécialement Simon et Lévi (34:30), avaient massacré tous les hommes. Puisque Jacob avait acheté de la terre là (33:19), il n’était pas inhabituel pour lui de l’utiliser en envoyant ses troupeaux aux pâturages là-bas sous la garde de ses fils. Mais il y avait toujours le danger des familles furieuses recherchant vengeance pour ces Sichemites qui avaient été tués ou capturés. Cela semblait être ce pour lequel Joseph fut envoyé là-bas pour évaluer. Seul un homme avec des aptitudes prouvées serait envoyé pour s’occuper d’une affaire aussi sensible et volatile que celle-là.

Joseph se balada dans les champs de Sichem à la recherche de ses frères. Il est juste arrivé28 qu’il trouva un homme qui avait vu les frères de Joseph et les avait entendus parlé d’aller à Dotân. Ne voulant pas abandonner sa recherche et retourner chez son père sans compléter sa mission, Joseph alla à Dotân.

Bien qu’à une distance considérable, Joseph fut reconnu par ses frères. Ils conspirèrent immédiatement un crime violent et osé qui allait les débarrasser de leur frère une bonne fois pour toutes :

« Ceux-ci l'aperçurent de loin. Avant qu'il ne soit près d'eux, ils complotèrent de le faire mourir.

---Voilà le maître-rêveur qui arrive, se dirent-ils les uns aux autres.

C'est le moment! Allez, tuons-le et jetons-le dans une citerne, nous dirons qu'une bête féroce l'a dévoré. On verra bien alors ce qu'il advient de ses rêves!

Lorsqu'il entendit cela, Ruben chercha à sauver Joseph. Il dit:
---Ne portons pas atteinte à sa vie!

Ne répandez pas le sang! Jetez-le dans cette citerne qui se trouve dans le désert, mais ne portez pas la main sur lui!
Il avait l'intention de le sauver pour le renvoyer à son père.

Dès que Joseph eut rejoint ses frères, ils le dépouillèrent de sa tunique splendide.

Ils se saisirent de lui et le jetèrent au fond de la citerne qui était vide; il n'y avait pas d'eau dedans. » (Genèse 37:18-24)

Ce fut probablement la tunique de Joseph qui rendit possible son identification si rapide d’une telle distance. C’est peut-être aussi cette tunique qui provoqua ce sentiment de jalousie et d’hostilité refoulé envers le fils tant aimé de leur père. Ils se virent la grande distance de leur père et l’isolation de cet endroit comme l’opportunité idéale pour se débarrasser de la menace que Joseph représentait. L’opportunité parfaite pour un alibi était aussi sous la main, car les animaux sauvages étaient une menace à toutes vies dans ces champs ouverts. Ils n’avaient pas besoin de produire un corps s’ils blâmaient l’absence de Joseph sur les bêtes sauvages qui l’auraient dévoré. Seule une tunique sanglante serait nécessaire à être présentée à Jacob. Son imagination prendrait soin du reste.

Ruben avait une bonne raison de haïr son frère, car c’était Joseph qui recevrait le droit d’aînesse qui aurait pu lui appartenir. Mais il semblait que Ruben avait plus peur de faire face à son père, qu’il haïssait Joseph. Il était toujours l’aîné de la famille. Qu’il ait le droit d’aînesse ou pas, il en portait quand même les responsabilités. Cela était peut être l’explication pour la suggestion de Ruben et son intention d’épargner la vie de Joseph.

Les actions de Ruben n’ont rien d’héroïques. Cependant, je dois admettre, que je n’aurais pas voulu non plus m’opposer à ces gars. Ils étaient mauvais, vraiment mauvais. Le massacre des Sichemites n’était qu’une des évidences de leurs natures brutales. Donc Ruben suggéra qu’ils tuent Joseph sans épanchement de sang. Jeter le garçon dans une citerne et laisser la nature suivre son cours. Cette idée avait quelques avantages, et donc, le plan fut accepté.

Quand Joseph arriva, sa réception fut loin d’être amicale. Ils déchirèrent sa tunique, le symbole de tout ce qu’ils méprisaient, et jetèrent le jeune homme sans défense dans la citerne. Il est important que cette citerne ait été vide, car normalement, elle aurait dû contenir de l’eau.29 Si cela avait été le cas, Joseph se serait noyé avant que la caravane ismaélite ne soit arrivée. Même la citerne vide était une providence de Dieu pour le soin de Joseph et de ses frères.

La dureté de cœurs des frères de Joseph est presque incroyable.

« Puis ils s'assirent pour manger. En regardant au loin, ils aperçurent une caravane d'Ismaélites venant de la région de Galaad et dont les chameaux étaient chargés de gomme, de baume et de *myrrhe, qu'ils transportaient en Egypte.

Alors Juda dit à ses frères:
---Quel intérêt avons-nous à tuer notre frère et à cacher sa mort?

Vendons-le plutôt aux Ismaélites. Ne portons pas la main sur lui, car c'est notre frère, il est de même sang que nous.
Ses frères furent d'accord

et, lorsque les marchands madianites passèrent, ils hissèrent Joseph hors de la citerne et le vendirent aux Ismaélites pour vingt pièces d'argent. Ceux-ci l'emmenèrent en Egypte.

Quand Ruben retourna à la citerne, il n'y trouva plus Joseph. Alors il déchira ses vêtements en signe de désespoir,

il alla trouver ses frères et leur dit:
---Le garçon n'y est plus! Que vais-je faire maintenant?

Alors ils égorgèrent un bouc, prirent la tunique de Joseph et la trempèrent dans le sang du bouc.

Ils envoyèrent la tunique splendide à leur père en disant:
---Voici ce que nous avons trouvé. Reconnais-tu ou non la tunique de ton fils? » (Genèse 37:25-32)

Ayant jeté Joseph dans la citerne, ils se mirent à table et mangèrent. Personne n’avait perdu l’appétit, personne n’avait des remords ou se sentait coupable. Et pas de pitié non plus, car ils mangèrent leur repas, pouvant probablement entendre les cris venant du fond de la citerne. Je peux presque entendre un des frères lever sa voix, couvrant les supplications de Joseph, et demander à un des autres, « Tu veux échanger un sandwich au mouton pour un au fromage ? » Seulement plus tard, ces cris allaient hanter les fils de Jacob :

« Ils se dirent l'un à l'autre:
---Certainement, nous sommes punis à cause de ce que nous avons fait à notre frère; car nous avons vu sa détresse quand il nous suppliait, et nous ne l'avons pas écouté. Voilà pourquoi nous nous trouvons nous-mêmes à présent dans la détresse. » (Genèse 42:21)

Pendant qu’ils mangeaient, une caravane d’Ismaélites les approcha en route pour l’Egypte venant de Galaad (verset 25). Cela donna à Juda l’idée qui empêcherait l’épanchement du sang de Joseph. Plutôt que de laisser Joseph mourir de faim et des éléments, pourquoi pas le vendre comme esclave à ces marchands ? Cela règlerait leur problème, éviterait la question de meurtre, et les débarrasserait des évidences de méfaits. Peut-être plus attractif était le fait que cela leurs donnerait un bénéfice monétaire.

Je ne trouve pas de vertu dans la proposition de Juda à ses frères. Pendant que Ruben chercha à retourner Joseph à son père, Juda n’est pas dit avoir de telles intentions. Il ne questionna pas les éthiques ou la désirabilité du meurtre de Joseph, seulement les bénéfices. ‘Bénéfice’ est le seul mot qui peut résumer la motivation de Juda. Pendant que l’esclavage semblait être un meilleur avenir pour un humain que la mort, certains qui vivent dans un tel état pourraient disputer ça. Vendre un frère comme esclave n’était pas plus louable que le tuer. En fin de compte, Joseph fut vendu aux marchands madianites30 pour vingt pièces d’argent, le prix que Moïse avait fixé pour un jeune esclave masculin (Lévitique 27:5).

Ruben était absent quand ses frères vendirent Joseph aux marchands. Très vraisemblablement, c’était pour distraire leur attention de Joseph dans l’espoir qu’ils partiraient rapidement, pour qu’il puisse retourner pour secourir Joseph. Quel choc ça a dû être pour lui de revenir et trouver une citerne vide ! Ruben, comme fils aîné, était celui qui devait faire face à son père, et ça pour lui n’était pas une idée plaisante.

Non seulement les frères de Joseph étaient totalement indifférents à sa souffrance, ils semblaient presque se réjouir de la souffrance que leur rapport causerait à Jacob. Il n’y avait pas d’approche douce, pas de préparation pour la nouvelles tragiques, seulement le fait cru d’envoyer la tunique sanglante et le laisser lui-même en tirer ses propres conclusions. C’était une action tout à fait insensible, totalement sans-cœur, mais une qui décrivait exactement la condition spirituelle de ce temps-là.

Comme la plupart d’entre nous, Jacob sauta à la conclusion, assumant que le pire était arrivé :

« Jacob la reconnut et s'écria:
---La tunique de mon fils! Une bête féroce l'a dévoré! Joseph a été mis en pièces!

Alors il déchira ses vêtements et mit un tissu de sac sur ses reins. Il porta longtemps le deuil de son fils.

Tous ses fils et toutes ses filles vinrent pour le consoler; mais il refusa toute consolation et dit:
---Non! c'est dans le deuil que je rejoindrai mon fils au séjour des morts!
Et il continua à pleurer Joseph. » (Genèse 37:33-35)

C’était, bien sûr, la tunique de son fils, car il n’y en avait pas une autre comme celle-là. Et elle était couverte de sang. Un tel vêtement couvert de sang, sans un corps amena Jacob à la conclusion que ses fils désiraient : Joseph avait du être attaqué et dévoré par une bête sauvage. Peut-être que les frères de Joseph étaient fiers du fait qu’ils n’avaient jamais dit que Joseph était mort. Ils ont simplement « leurré » leur père à croire ça. N’est-ce pas ironique que cette déception impliqua la mort d’un bouc, tout comme l’avait requit la déception d’Isaac.

Jacob sembla encaisser la mort de Débora (35:8)et de Rachel (35:16-19) avec un relatif sang-froid, mais la mort de Joseph simplement le submergea. Ses enfants furent incapables de le consoler. Ces efforts auraient été hypocrites de toute façon. La vie pour Jacob ne valait plus la peine d’être vécue. Le seul avenir que Jacob ne voyait était la tombe. Jacob vivrait avec le mensonge que son fils était mort pendant de nombreuses années.

Dans un sens, croire ça était une bonne chose. Pouvez-vous imaginer l’agonie mentale que ça aurait été pour Jacob de savoir ce qui était vraiment arrivé à son fils ? Nous venons juste d’assister à la conclusion dramatique de la crise des otages en Colombie, qui a duré six ans. Nous savons quelque chose de l’agonie de la famille et des amis de ces captifs, mais Jacob aurait dû endurer une telle souffrance et angoisse pendant plus de vingt ans.31 Son âme aurait été si troublée sachant que la femme de Potiphar poursuivait Joseph jour après jours (39:10). Quelle vie misérable aurait eu Jacob s’il avait eu connaissance de l’emprisonnement de Joseph (39:19). L’ignorance, dans ce cas, n’était pas une félicité, mais c’était mieux que Jacob ne sache pas les choses qui arrivaient à Joseph.

« Les Madianites vendirent Joseph en Egypte à Potiphar, un haut fonctionnaire du pharaon, chef de la garde royale. » (Genèse 37:36)

Joseph, en fait, n’était pas mort, ni en dehors du soin providentiel de Dieu. Ce n’était pas par accident qu’il atterrit dans la maison d’un des hommes les plus puissants dans l’administration de Pharaon. Bien que des années allaient passer avant que les desseins de Dieu ne se soient révélés, le train était en marche.

Conclusion

Historiquement et dans le contexte, la vente de Joseph comme esclave explique comment Joseph (et ultimement toute la nation d’Israel) finit par se retrouver en Egypte, d’où l’exode commenca. Plus important encore, ce chapitre nous dit une bonne part de la raison de la nécessité des 400 ans d’esclavage. Le fait que ce servage arriva n’est pas un mystère, car Dieu l’avait déjà dit à Abraham :

« Le Seigneur lui dit:
---Sache bien que tes descendants vivront en étrangers dans un pays qui ne leur appartiendra pas, on en fera des esclaves et on les opprimera pendant quatre cents ans[d].

Mais je punirai la nation qui les aura réduits en esclavage et ils quitteront le pays chargés de grandes richesses. » (Genèse 15:13-14)

Spirituellement, l’état des fils d’Israël était au plus bas. Nulle part n’avons-nous vu un semblant de relation avec Dieu telle que celle qu’avaient leurs ancêtres. Dans la famille, il n’y avait aucune unité parmi ces frères. Ils étaient simplement les fils de quatre mères différentes qui perpétuaient les conflits qui existaient entre elles (29:21-30:24). Il n’y avait pas d’amour fraternel, seulement la recherche pour satisfaire leurs propres intérêts. Il n’y a rien de mieux pour stimuler l’unité que la persécution. Une querelle entre frères est rapidement oubliée et l’unité de la famille est intensifiée quand une opposition extérieure est introduite. Quatre cents ans passés parmi les Egyptiens, qui détestaient les Hébreux (46:34), développa et renforça la cohésion de ces tribus d’Israël.

Plus tard dans l’histoire de Joseph et ses frères, Joseph les testera sur ce sujet de l’unité de la famille, car il leur offrira l’opportunité de gagner leur liberté en échange du sacrifice de leur frère cadet (chapitres 42-44). Là ils montreront un changement de cœur qui encouragera et touchera grandement Joseph.

Nous gagnons là un aperçu de plusieurs vérités bibliques. Premièrement, nous sommes rappelé de l’enseignement des Ecritures sur le sujet de l’élection. Nous avons presque à nous pincer pour être rappelé que les racines de la race d’Israël et de la religion retournent à des hommes tels que ces frères, qui ont conspiré de se débarrasser de leur chair et sang. Dans le neuvième chapitre de Romains, Paul enseigne que l’élection ne dépend pas du travail qu’une personne a fait ou fera dans l’avenir (9:6-13). Sûrement le choix de ces fils d’Israël illustre ce principe de l’élection. Pratiquement, personne d’autre dans le pays de Canaan n’aurait été autant ou plus qualifié que ces hommes cruels et mauvais. La plupart des païens ont un sens plus profond de loyauté familiale que ça.

De plus, la doctrine de la souveraineté de Dieu est clairement vue dans ce chapitre. Dans Romains, elle est résumée en ces mots :

« Nous savons en outre que Dieu fait concourir toutes choses au bien de ceux qui l'aiment, de ceux qui ont été appelés conformément au plan divin. » (Romains 8:28)

Dans le Livre d’Ephésiens, Paul écrit :

« Et c'est aussi en Christ que nous avons été choisis pour lui appartenirconformément à ce qu'avait fixé celui qui met en œuvre toutes choses, selon l'intention qui inspire sa décision. » (Ephésiens 1:11)

Dieu avait l’intention et promit d’accomplir l’exécution de SES promesses qu’IL avait faites à Abraham, Isaac et Jacob à travers ces fils (35:10-12). Ni Jacob, ni Joseph, ni les autres fils de Jacob, ni même Pharaon lui-même ne pouvaient empêcher ou seulement retarder les desseins souverains du Dieu d’Israël.

Les moyens que Dieu employa pour accomplir SA volonté sont vus dans la doctrine de la providence de Dieu. Personne n’a défini la providence de Dieu mieux que George Bush :

Pendant que le récital s’écoule avec tout le charme d’une histoire de fiction magnifiquement tournée, nous sommes toujours assurés de la vérité et de la réalité de chaque incident, et nous sentons que nous sommes en train de contempler un résumé de la dispense de ce Pouvoir d’annulation qui est « … merveilleux, sa sagesse est immense » qui contrôle l’action libre et volontaire de créatures intelligentes, même quand elle est provoquée par un esprit de malveillance et de rébellion, afin de les rendre servile à l'accomplissement de ces mêmes plans qu'ils sont destinés à vaincre, pendant que la culpabilité des agents reste sur eux avec tous ses développements inchangés.32

En termes des plus simples, la règle providentielle de Dieu est que SON plan s’accomplit avec la participation d’hommes coupables et obstinés, même quand ils essayaient activement de résister, résister Dieu et SES desseins. Pendant tout ce temps là, Dieu reste souverain et contrôle tout. IL n’assume aucune culpabilité ou responsabilité pour les péchés de l’homme ; l’homme doit supporter tout le poids de la responsabilite pour ses actions.

La providence de Dieu n’est pas SON plan préféré, mais un plan de secours qui assure la réalisation de SES desseins éternels. Idéalement, Dieu travaille en employant des femmes et des hommes croyants qui feront SA volonté comme elle est exprimée par SA parole. Quand les croyants ou non croyants choisissent de résister la volonté et la parole de Dieu, IL a recours à SON plan B. C’est nettement moins désirable que l’obéissance volontaire et la submissivité, car le rétif devra toujours faire face aux conséquences de ses actions et ne trouvera aucune joies et résultats qui accompagnent toujours l’obéissance. La joie de participer activement et joyeusement aux plans et programmes de Dieu est perdue. Le travail de Dieu continue, mais nous ne nous en rendons pas compte, tout comme Jacob et les frères de Joseph étaient ignorants que la main de Dieu contrôlait tout ce qui arrivait. Dieu n’est jamais handicapé par le péché et la désobéissance de l’homme, mais nous sommes toujours blessé par eux.

Peu de gens ont manqué de remarquer la signification importante de la vie de Joseph, qui dans beaucoup de sens présageait la vie et le travail de notre Seigneur.33 Bien que ce soit une avenue profitable d’étude, nous devons faire remarquer que nulle part les Ecritures ne réfèrent à Joseph comme un genre de Christ. Tant qu’une telle étude est vue comme étant supplémentaire et secondaire en importance, elle peut être poursuivit avantageusement.

Les applications pratiques des principes trouvés dans ce passage sont nombreux. Premièrement, il y a une leçon sur le sujet de conseils divins. Puisque nous avons déjà traité avec le sujet de la providence de Dieu, nous nous contenterons de rattacher cette doctrine à la question de conseils.

La volonté de Dieu nous est donné par SA parole. Dans ce sens, ce n’était sûrement pas la volonté de Dieu que des frères vendent un des leurs à l’esclavage. Donc, les actions des frères de Joseph étaient coupables. Dieu ne dirige jamais par uniquement des circonstances, mais par les Ecritures, SA parole. Ils se sont trouvés dans un endroit isolé, loin des yeux observateurs de leur père. Il y avait une citerne toute prête, à portée de la main, mais ce n’était pas la volonté de Dieu que Joseph soit jeté dedans. Il y avait une bande de marchands qui passait par-là commodément, mais vendre Joseph en esclavage était mal.

Le dessein éternel de Dieu, dit à Abraham des années auparavant (Genèse 15:13-15), était une période de servage. Les frères de Joseph n’avaient aucune intention d’accomplir les desseins de Dieu – ils voulaient seulement se débarrasser de Joseph. Le plan de Dieu était pour les Israélites de séjourner en Egypte mais les fils de Jacob ne le savaient pas à ce moment-là. (En fait, Dieu avait fait attention de ne pas le dire à Abram où ce séjour serait ou comment ça arriverait.) Rarement est le guidage une question de ne pas savoir les principes généraux et les préceptes qui devraient gouverner notre conduite. Le plus souvent nous « loupons » la volonté de Dieu en choisissant délibérément de désobéir ce que nous savons est la bonne chose à faire. Mais même quand nous faisons ça délibérément, SES desseins continueront par SA direction providentielle. Comme ça, nous ne pouvons pas manquer SA volonté. Et, soyez assurés, Dieu nous fera savoir que nous avons péché et nous ramènera à un endroit où nous voudrons LUI obéir volontairement, mais IL nous ramènera par le chemin d’expériences douloureuses.

Quel commentaire cet évènement est sur le sujet de la souffrance ! Je pense qu’un excellent titre pour cet épisode complet pourrait être « Une Sévère Piété », comme le titre d’un livre récent. Les deux termes « sévère » et « piété » semblent être contradictoires, mais ce n’est jamais le cas pour le Chrétien. C’est pourquoi l’Apôtre Jacques a écrit des siècles plus tard :

« Mes frères, quand vous passez par toutes sortes d'épreuves, considérez-vous comme heureux.

Car vous le savez: la mise à l'épreuve de votre foi produit l'endurance.

Mais il faut que votre endurance aille jusqu'au bout de ce qu'elle peut faire pour que vous parveniez à l'état d'adultes et soyez pleins de force, des hommes auxquels il ne manque rien. » (Jacques 1:2-4)

L’auteur d’Hébreux a presque dit la même chose en termes plus profonds (Hébreux 12:1-13 et, en effet, l’épître entier).

D’un coté, la souffrance que nous observons dans les vies de Jacob, Joseph, et ses frères est inutile, le résultat du péché. C’est pourtant une part du gracieux traitement et de la discipline de Dieu pour amener ces hommes vers LUI et à maturité. Au milieu de notre souffrance, le plus souvent nous ne le voyons pas car la vérité est voilée par nos larmes. Mais le résultat final de la souffrance doit être la foi, la maturité, et la joie. C’était comme ça pour Jacob et ses fils. Et ça sera comme ça pour chaque enfant de Dieu.

« Certes, sur le moment, une correction ne semble pas être un sujet de joie mais plutôt une cause de tristesse. Mais par la suite, elle a pour fruit, chez ceux qui ont ainsi été formés, une vie juste, vécue dans la paix. » (Hébreux 12:11)

La vie de Joseph fournit un matériel excellent pour une étude sur le rejet. Nous savons, bien sur, que Joseph n’était pas pur. Ses péchés ne sont pas enregistrés, je crois, pour fournir un genre plus exact de Christ et aussi pour illustrer la question de souffrance innocente. Puis Moïse dépeint un incident où le rejet de Joseph est sans cause. Ça m’informe, comme d’autres passages suggèrent (1 Pierre 2:20-25 ; 3:17 ; 4:4-5,12-19), que le rejet et la persécution arrivent quelque fois complètement sans causes. Le Chrétien doit être préparé pour le rejet dans sa vie. C’est le badge des disciples :

« ---Si le monde a de la haine pour vous, sachez qu'il m'a haï avant vous.

Si vous faisiez partie du monde, il vous aimerait parce que vous lui appartiendriez. Mais vous n'appartenez pas au monde parce que je vous ai choisis du milieu du monde; c'est pourquoi il vous poursuit de sa haine.

Souvenez-vous de ce que je vous ai déjà dit: le serviteur n'est jamais supérieur à son maître. S'ils m'ont persécuté, ils vous persécuteront vous aussi; s'ils ont gardé mes paroles, ils garderont aussi les vôtres. » (Jean 15:18-20)

« En fait, tous ceux qui sont décidés à vivre dans l'attachement à Dieu par leur union avec Jésus-Christ connaîtront la persécution. » (2 Timothée 3:12)

« Allons donc à lui en sortant en dehors du camp, et acceptons d'être méprisés comme lui » (Hébreux 13:13)

La persécution ne doit jamais être recherchée, mais elle doit être attendue et acceptée. Une partie de la persécution est le rejet. Peu ont fait face au même genre de rejet que Joseph a subit. Il fut rejeté par ses frères, par Potiphar et sa femme (éventuellement), et pas les Egyptiens en général, qui haïssaient les Hébreux. Son rejet, et le nôtre, cependant n’indique pas que nous ayons des défauts. Il peut être une évidence de piété et de pureté. Puisque cela est vrai, notre image de nous-même (pas l’amour de nous-même) ne doit pas souffrir de tortures de culpabilité volontaire et d'abus.

Dans ce chapitre Dieu a préparé Joseph pour le rejet qu’il devait connaître. Les deux rêves qu’il avait eus étaient bien plus pour son bénéfice que pour celui de ces frères. Ils ont beaucoup impressionné Joseph avec le rôle important qu’il allait jouer dans le résultat du programme de Dieu. Aux yeux de ses frères et des Egyptiens (au moins pour un temps), Joseph était un détriment, un obstacle, et un problème à se débarrasser si possible. Pour Dieu, Joseph était la figure clef pour le salût (au sens physique) et l’instruction spirituelle de ses frères.

Le rejet est une part inévitable de la vie chrétienne. Si nous vivons comme Dieu le désire, nous serons rejetés par les hommes. Le rejet justifié, si je peux me permettre de l’appeler comme ça, est cause pour encouragement, pas désespoir. Le rejet peut mieux être traité en réalisant que Dieu a, pour nous, un rôle important à jouer dans SON travail. N’est-ce pas une part de ce que le Nouveau Testament enseigne le corps du Christ et ce que sont les dons et appels de membres individuels ?

« En fait, les organes sont nombreux, mais ils forment ensemble un seul corps.

C'est pourquoi l'œil ne saurait dire à la main: «Je n'ai pas besoin de toi», ni la tête aux pieds: «Je peux très bien me passer de vous. »

Au contraire, les parties du corps qui nous paraissent insignifiantes sont particulièrement nécessaires.

Celles que nous estimons le moins sont celles dont nous prenons le plus grand soin, et celles dont il n'est pas décent de parler, nous les traitons avec des égards particuliers

dont les autres n'ont guère besoin. Dieu a disposé les différentes parties de notre corps de manière à ce qu'on honore davantage celles qui manquent naturellement d'honneur.

Il voulait par là éviter toute division dans le corps et faire que chacun des membres ait le même souci des autres.

Un membre souffre-t-il? Tous les autres souffrent avec lui. Un membre est-il à l'honneur? Tous les autres partagent sa joie.

Or vous, vous constituez ensemble un corps qui appartient au Christ, et chacun de vous en particulier en est un membre. » (1 Corinthiens 12:20-27)

La vie de Joseph est un encouragement merveilleux pour les parents, qui, un jour, devront laisser leurs enfants partir, leurs permettant de quitter la maison, de quitter leur contrôle et protection. Ça pourrait être sous la forme d’envoyer un enfant à l’université, loin de la supervision des parents. Ça pourrait être par un mariage ou un changement de travail. Nous aurons tous, comme parents, à faire face au moment quand nous ne pourrons plus contrôler l’environnement dans lequel nos enfants vivront. (Peut-être est-ce plus vrai aujourd’hui que nous aimerions l’admettre).

Joseph fut arraché brusquement à son père, à ses amis et à sa famille. Il fut enlevé de toutes influences religieuses et d’encouragements. Il fut placé parmi un peuple qui ne croyait pas en son Dieu. En Egypte, il fut sujet à de très fortes tentations. Et pourtant, séparé de tous amis chrétiens, Joseph n’a pas seulement survécu, mais fut fortifié. Son père ne pouvait pas sauver Joseph de tout ça, mais Joseph sauverait son père et ses frères de la famine.

Dieu sait comment prendre soin de SES gens. Personne n’est en plus grand danger qu’un qui est complaisant et stupidement sécurisé. Personne n’est plus en sécurité, indifféremment de son environnement, que celui ou celle qui ne compte que sur Dieu pour sa protection et sa provision pour ses besoins du moment. Quand nos enfants ont quitté la sécurité de nos nids, ils seront en sécurité entre les mains du Dieu Qui les a créés et prend soin d’eux.

Il y a une analogie intéressante entre Abraham et Jacob. Tous les deux furent appelés à laisser leurs fils bien-aimés derrière. Abraham l’a fait volontairement et activement, Jacob, sans le savoir et à contrecœur. Les deux fils leurs furent rendus. Ce fut par ces fils, que ces pères perdirent, que l’avenir des pères fut assuré.

A travers les Ecritures, le salût n’est jamais sécurisé sans de grands sacrifices. Comme c’est arrivé à Abraham, c’est aussi arrivé à Jacob. Ces deux instances nous préparent pour le plus grand sacrifice du monde, quand Dieu le Père livra son Fils, Jésus Christ, pour notre salût. Tout comme Joseph fut rejeté par ses frères et humilié par l’esclavage et l’emprisonnement, Jésus Christ fut rejeté par les chefs juifs et ses frères et crucifié sur une croix romaine parmi des criminels. Par la souffrance de Joseph, Jacob et ses fils furent épargnés les ravages d’une famine sévère. Par les souffrances de notre Seigneur Jésus Christ, ceux qui croient en LUI, sont épargnés de la furie éternelle de Dieu.

La Parole de Dieu déclare que nous sommes des pécheurs, mes amis, méritant la furie éternelle d’un Dieu sacré et juste (Romains 3:10-18,23 ; 6:23). Mais la bonne nouvelle de l’Evangile est que Jésus Christ est venu pour prendre la place du pécheur, payant le prix pour ses péchés et fournissant la vertu que Dieu exige pour la vie éternelle (2 Corinthiens 5:21 ; Romains 3:21-22). Vous pourriez connaître le pardon des péchés et la paix de Dieu, simplement en reconnaissant votre culpabilité et en croyant en le travail de Jésus Christ a fait pour vous, car, « Tous ceux qui feront appel au Seigneur seront sauvés » (Romains 10:13).


24 George Bush, Notes on Genesis (Minneapolis: James Family Christian Publishers, 1979 (reprint)), II, p. 220.

25 Ibid, p. 221.

26 “The gift of a coat of many ‘pieces’ (not ‘colors’), or rather ‘the tunic with sleeves,’ was about the most significant act that Jacob could have shown to Joseph. It was a mark of distinction that carried its own meaning, for it implied that exemption from labor which was the peculiar privilege of the heir or prince of the Eastern clan. Instead of the ordinary work-a-day vestment which had no sleeves, and which, by coming down to the knees only, enabled men to set about their work--this tunic with sleeves clearly marked out its wearer as a person of special distinction, who was not required to do ordinary work.” V. H. Griffith Thomas, Genesis: A Devotional Commentary (Grand Rapids: Eerdmans, 1946), p. 356.

“The outward distinction which the father bestows upon this son is ‘a long-sleeved cloak,’ kethoneth passim. The kethoneth is the undergarment or tunic, which usually was sleeveless--a thing of about knee-length. But passim means ‘ankles’ or ‘wrists.’ Consequently, this tunic was sleeved and extended to the ankles. It was not, therefore, a garment adapted to work but suitable to distinguish a superior, or an overseer. By this very garment the father expressed his thought that this son should have pre-eminence over the rest.” H. C. Leupold, Exposition of Genesis (Grand Rapids: Baker Book House, 1942), II, p. 955.

Not all agree with statements such as these by Thomas and Leupold, Stigers challenges, “There is nothing in any of the texts where the term is used to indicate that the tunic had long sleeves or was of many colors. The AV ‘coat of many colors’ becomes only an attempt to give a meaning to the total term.” Harold Stigers, A Commentary on Genesis (Grand Rapids: Zondervan, 1976), p. 271.

27 Gerrit Verkuyl, editor-in-chief, The Berkeley Version in Modern English (Grand Rapids: Zondervan, fifth edition, 1962), p. 37, fn. w.

28 These “strange coincidences” are evidence of the providence of God, which we shall discuss more fully later.

29 “The original word is sometimes rendered ‘cistern,’ a term applied to hollow reservoirs excavated out of the solid rock for the purpose of holding rain water, or to natural cavities containing fountains, which were often walled up with stone to prevent the water from escaping.” Bush, Genesis, II, p. 231.

30 “The alternation of the names Ishmaelites and Midianites in verses 25, 27, 28, 36, and chapter 39:1 would suggest that they were synonymous or overlapping terms, even if no evidence confirmed it. It is in fact settled by Judges 8:24, which says of the Midianites ‘they had golden earrings, because they were Ishmaelites.”’ Derek Kidner, Genesis: An Introduction and Commentary (Chicago: Inter-Varsity Press, 1967), pp. 182-183.

31 Joseph was 17 years old when he was sold into slavery (37:2). He was raised to a position of power under Pharaoh at age 30 (41:46). The seven years of plenty had already passed and two years of famine had gone by before Joseph revealed his identity to his brothers (45:6-9). Joseph was therefore 39 when he revealed his identity to his brothers, and so 22 years had elapsed since his brothers sold him into slavery.

32 Bush, Genesis, II, p. 219.

33 “Hence the appearance, in our history, of individual types representing the New Testament history of Jesus, such as the jealousy and hatred of Joseph’s brethren, the fact of his being sold, the fulfillment of Joseph’s prophetic dreams in the very efforts intended to prevent his exaltation, the turning of his brothers’ wicked plot to the salvation of many, even of themselves, and of the house of Jacob, the spiritual sentence pronounced on the treachery of the brethren, the victory of pardoning love, Judah’s suretyship for Benjamin, his emulating Joseph in a spirit of redeeming resignation, Jacob’s joyful reviving on hearing of the life and glory of his favorite son, whom he had believed to be dead.” John Peter Lange, Commentary


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