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Annoncer Christ à un monde postmoderne

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Introduction

Une bande dessinée de « Peanuts » raconte une conversation entre Linus et Charlie Brown. Charlie Brown était confus et désillusionné par la perte de sa foi. Alors, Linus essaie de le réconforter avec les paroles suivantes : « Peu importe ce que tu crois, si tu es sincère ». J’ai aussi entendu un membre du clergé dire, pendant une émission de télévision que si les ossements de Christ était découvert un de ces jours en Palestine, cela ne changerait rien à sa foi chrétienne, car sa foi n’était pas liée par des vérités objectives.

Les sondages rendent de plus en plus évident le fait que la majorité des gens dans notre culture croient que la vérité est relative.1 Il est clair depuis un certain temps déjà que notre monde passe par un changement culturel majeur. Les illustrations citées plus haut sont très répandue dans la société postmoderne2 actuelle. Nous sommes passés d’un monde d’absolus, de l’objectivité et des dogmatismes à un monde de relativisme, subjectivisme et de tolérance. Le plus grand commandement de la société postmoderne est « Vous vous tolérerez les uns les autres ». Ayant comme source cette épistémologie3 relativiste, la tolérance est une qualité prééminente. Un auteur décrit cette phénomène de la manière suivante : « La tolérance est devenue quelque chose de tellement important qu’on ne tolère aucune exception ».4 Une personne peut avoir sa religion, peut la croire librement, mais n’a aucun droit d’essayer de persuader quelqu’un d’autre de sa conviction. Pourquoi ? Parce que cela signifie que votre croyance est supérieure à la croyance d’autrui. C’est l’acte suprême de l’intolérance, et un tabou du postmodernisme.

Mon but ici n’est pas de décrire en détail l’arrivée du postmodernisme, car d’autres l’ont déjà fait d’une manière suffisante.5 Ce n’est pas non plus mon but de critiquer le postmodernisme comme mouvement. Ce que je tente de faire, c’est de donner aux chrétiens quelques orientations pratiques sur la manière d’annoncer Jésus-Christ dans un monde postmoderne.

Je traiterai trois questions principales que le chrétien doit considérer. La première est cette question de tolérance. Voici la question : Comment devons-nous réagir dans une culture dont le cri de guerre est la tolérance ? Devons-nous nous y rallier ? Que dit la Bible sur le fait de nous tolérer les uns les autres, et de quelle manière devons nous le faire ? Deuxièmement, nous devons aborder brièvement l’idée postmoderne que toute vérité est relative. Beaucoup d’églises se font partenaires de notre culture en embrassant cette perspective que toute vérité est relative. D’autres répondent en rejetant n’importe quelle notion de vérité relative, quelle qu’elle soit, affirmant que toute vérité est objective. Que dit la Bible au sujet de la vérité et la relativité ? Existe-t-il des vérités relatives, comme le dit le postmodernisme ? Ou toute vérité est-elle absolue et objective ? Troisièmement, parmi les vérités objectives (assumant que la vérité objective existe), qu’est-ce qui est essentiel, et qu’est-ce qui n’est pas essentiel ? Pendant les persécutions de Dioclétien (302-305 de notre ère), l’Église était obligée de commencer à définir le canon des Écritures.6 Les romains arrêtaient et tuaient des chrétiens qui possédaient les Écritures. Personne ne voulait donner sa vie pour un livre qui n’était pas inspiré, cela ne valait pas un prix aussi élevé. Dans notre ère postmoderne, il est encore plus important de définir quelles vérités valent la peine d’être maintenues, jusqu’à la mort. Nous devons être capables de distinguer entre ce qui est essentiel pour la foi chrétienne, et ce qui n’est pas essentiel à cette foi.

La tolérance chrétienne ?

Souvent, lorsqu’on avance des propositions erronées, la réaction est de défendre la vérité en allant à l’autre extrême. L’église primitive, lorsqu’elle combattait l’enseignement erronée de Pélage au sujet de l’anthropologie, afin de défendre la doctrine de la corruption de l’homme (ce qu’ils auraient dû faire), a pris l’autre extrême, pour avancer les doctrines de purgatoire et des limbes pour tenir compte des enfants qui, tout en étant dépravés, ne pouvaient exercer le choix de la foi.7 Beaucoup de calvinistes du 17ème siècle répondaient aux Arminiens en soulignant la souveraineté de Dieu à un tel point qu’ils semblaient soutenir l’idée que Dieu était également la source du péché et du mal. Il est souvent dans la nature humaine de contrer les fausses croyances en avançant des croyances – aussi fausses – à l’opposée. Si vous ne me croyez pas, pensez à la dernière dispute que vous avez eu avec votre conjoint€, ou il (ou elle) vous a dit que vous agissez d’une manière exagérée. Vous répondez en disant que nous n’êtes PAS en train de réagir de manière exagérée, et que nous ne réagissez JAMAIS de cette manière. C’était peut-être vrai que vous n’agissiez pas de manière trop exagérée dans ce cas-là, mais il est probablement un mensonge d’affirmer que vous ne réagissez JAMAIS de manière excessive. Afin de démontrer que vous croyez qu’une affirmation erronée est fausse (« vous réagissez de manière exagérée »), vous avancez une déclaration aussi erronée à sa place (« Je ne réagis JAMAIS de façon exagérée »). C’est l’effet pendule classique. Nous le faisons tous de plusieurs manières. Mais, tragiquement, c’est souvent la même chose lorsque les chrétiens rencontrent l’épistémologie relativiste postmoderne. Lorsque nous entendons que la culture affirme qu’il n’y a pas de vérité absolue, notre tendance est de serrer nos poings et promouvoir l’objectivité à tout prix. Lorsque nous trouvons que la tolérance est devenue la vertu principale d’une société sans Dieu, notre tendance est de rejeter toute tolérance.8 Mais que dit la Bible au sujet de la tolérance ? Devons-nous nous tolérer les uns les autres ?

Il faut poser cette question d’une manière plus précise avant de pouvoir bénéficier de la réponse de notre étude. Il faut mettre l’accent sur deux groupes de personnes différentes : 1) ceux qui font partie du corps de Christ (l’Église) et croit qu’il existe une vérité absolue,9 et 2) ceux qui sont en dehors du corps de Christ, et qui on adhérer à la mode postmoderne de relativisme. Il y a une différence entre le fait de demander « Devons-nous tolérer le péché d’un chrétien ? » et « Devons-nous tolérer le péché d’un non chrétien ? » Nous aborderons le défi des non chrétiens d’abord, ensuite nous aborderons la question des chrétiens.

La tolérance envers ceux qui sont en dehors de l’Église

Pour parler de manière pratique, la seule vérité que croit un postmoderne, c’est qu’il n’y a pas de vérité, ou, du moins, pas d’accès objectif à cette vérité. Nous somme tous confinés à nos propres idées de ce qui est bien ou mal, vrai ou faux. Mais, quelles que soient nos conclusions, elles ne sont que nos opinions, et nos opinions ne sont pas meilleures que celles des autres. Ainsi, pour le postmoderne, nous sommes tous emprisonnés derrière les murs incassables de cette réalité subjective, et nous devons donc tous « nous tolérer » les uns les autres. On peut entendre souvent des déclarations telles que : « Si vous croyez que la Bible est la Parole de Dieu, c’est très bien, mais vous devez également tolérer la personne qui croit le Coran ou toute autre littérature religieuse de leur choix ». Mais voici donc le problème : que veut vraiment dire un postmoderne par le mot « tolérer » ? Cela signifie-t-il simplement que nous devons arriver à habiter ensemble sans nous entretuer ? Veulent-ils dire la même chose que le dictionnaire : « supporter avec indulgence »10 ? Signifient-ils seulement que si j’ai un voisin qui adhère à un système de croyances différent que le mien, que je dois vivre en paix avec lui, sans le lui interdire, ou l’oppresser ? Si c’est le cas, je suis d’accord. Je suis « tolérant » et je dois l’être. J’admets que, du moins dans ce cas, l’objectif postmoderne est une bonne chose, car je n’ai pas l’autorité ni la puissance pour interdire à quiconque de croire ce qu’ils veulent. Si c’est cela, le sens, alors, tout va bien.

Mais, en réalité, ce n’est pas ce que veut dire le postmoderne typique lorsqu’il réclame la « tolérance ». Il ne demande pas aux gens de tolérer simplement les différences, et s’entendre avec ceux qui ont des croyances en opposition. Le fait est que le postmoderne demande aux gens de compromettre leurs croyances. Ils me demandent de concéder que les croyances de mon voisin sont aussi vraies que les miennes, de faire forfait de mon idée de l’objectivité, et laisser tomber mon point de vue de l’exclusivisme. Le résultat n’accomplit rien de moins qu’un coup mortel à ma foi dans les Écritures. Ce qu’ils impliquent lorsqu’ils insistent sur leur définition de la « tolérance », c’est que les gens de devraient jamais soutenir leurs croyances, si par soutenir cela signifie d’affirmer que leurs croyances sont les seules croyances véritables – qu’elles sont exclusives. Ils ne demandent pas aux gens de tolérer les homosexuels, mais de changer leur conviction que l’homosexualité est mauvaise pour tout le monde. Mais, une fois de plus, ce n’est pas demander à quelqu’un de se montrer tolérant ; c’est demander à quelqu’un de compromettre ses convictions, et se convertir à la foi postmoderne. C’est une chose que le chrétien ne peut pas faire.

Le chrétien devrait donner la main au postmoderne dans cette demande de tolérance si la tolérance signifie que nous devons vivre en paix les uns avec les autres, sans leur interdire de croire en quelque chose de non biblique. Car cela, c’est l’œuvre de Dieu. Mais, bien évidemment, ce n’est pas cela qu’ils nous demandent. Par tolérance, le postmoderne veut signifier que nous compromettions l’objectivité de la Parole de Dieu. Par tolérance, le postmoderne demande que nous arrêtions d’essayer d’atteindre d’autres avec l’Évangile. Par tolérance, le postmoderne demande que nous approuvions leurs styles de vie. Par tolérance, le postmoderne nous demande, essentiellement, de renoncer à notre foi. Et cela, nous ne pouvons pas le faire.

Le premier pas pour comprendre et atteindre le non chrétien postmoderne est de pouvoir tous comprendre et de démontrer qu’en fait, ils ne réclament pas la tolérance, mais la compromission.

La tolérance envers ceux qui sont dans l’Église

Comme je l’ai dit plus tôt, il est important pour nous de pouvoir séparer ce que signifie le fait de tolérer ceux qui sont en dehors de l’Église, et ce que signifie le fait de nous montrer tolérants envers ceux qui sont dans l’Église. Nous avons déjà conclu que nous devons tolérer ceux qui sont en dehors de l’Église, tant que la tolérance signifie que nous devons vivre en paix avec ceux qui ont des croyances différentes des nôtres. En quoi est-ce différent dans l’Église ? La Bible parle-t-elle de la tolérance parmi les croyants ?

Nous pouvons affirmer que oui. Dans le quatrième chapitre de son épître aux Éphésiens, Paul commence à dire à ses lecteurs comment ils doivent vivre la vie chrétienne. Parlant de l’importance de l’unité, Paul dit : « Je vous exhorte donc, moi, le prisonnier dans le Seigneur, à marcher d’une manière digne de la vocation qui vous a été adressée, en toute humilité et douceur, avec patience. Supportez-vous les uns les autres avec amour, en vous efforçant de conserver l’unité de l’Esprit par le lien de la paix » (Éph 4.1-3, italiques rajoutées). Ici, Paul nous dit qu’une des manières principales dont l’Église conserve l’unité, c’est en se montrant tolérant. Le participe « avnecomenoi » ici a le sens « endurer, supporter ».11 Ce mot est utilisé par le Christ lorsqu’il pleure sur Israël, « Jusques à quand vous supporterai-je » (Matt 17.17, emphase ajouté). Cela comporte presque toujours une orientation négative. En 2 Macchabée 9.12, c’est utilisé pour parler d’une puanteur insupportable ; l’odeur était intolérable. Dans sa lettre aux Éphésiens, Paul dit à l’Église qu’il serait parfois nécessaire de tolérer la « puanteur » les uns des autres. Cela présuppose quelque chose de négatif au sujet de ceux que nous devons tolérer. Quelqu’un peut avoir une personnalité qui nous repousse – Paul nous dit de le supporter ! Un autre peut piquer des colères – nous devons avancer avec eux ! Quelqu’un peut avoir une différence de point de vue au sujet d’une doctrine non-essentielle – tolérons-le ! Admettons-le, lorsque nous arriverons au ciel, nous constaterons tous que nous étions dans l’erreur au sujet de certaines choses. Certains peut-être plus que d’autres, mais nous aurons tous des surprises.

Ainsi, la question n’est pas de savoir si nous, chrétiens, nous devons nous montrer tolérants envers d’autres croyants, mais à quel point devons nous être tolérants. Y a-t-il une différence entre tolérer un chrétien qui fume la pipe, et tolérer un chrétien qui pratique l’homosexualité ? Devons-nous faire une distinction entre le fait de tolérer celui qui n’est pas d’accord avec la doctrine de la cessation des dons-signes, et celui qui n’accepte pas la doctrine de la Trinité ? Ce sont des questions qu’il faudrait forcément traiter lorsque nous abordons le problème de la tolérance dans une société postmoderne. La première chose que nous devons établir, en tant que chrétiens, est le fait qu’une certaine forme de tolérance est demandée dans les Écritures. Nous déciderons sous peu à quoi ressemble cette tolérance, et comment la mettre en pratique.

Un relativisme chrétien ?

Avant de pouvoir définir les manières par lesquelles le chrétien doit manifester une tolérance, nous devons d’abord placer un autre morceau dans le puzzle. Ce morceau aborde le problème du relativisme. Encore, le relativisme est au cœur de l’épistémologie postmoderne. Il arrive assez souvent d’entendre dire « Le Christ est mon chemin vers Dieu, mais je ne force pas mes croyances sur quelqu’un d’autre ». Ou bien : « Le Christianisme occidental n’a pas le droit de forcer ses croyances sur d’autres, qui sont tout à fait confortables avec leur religion, et qui l’ont pratiquée depuis des centaines d’années ». Le relativisme, c’est l’idée que la vérité tient uniquement aux yeux de celui qui la croit. Comme la bande dessinée de Peanuts dont j’ai déjà parlé, « Peu importe ce que tu crois, si seulement tu es sincère ». Pour le postmoderne relativiste, toute vérité dépend de la situation, la culture, et la langue de la personne. Dans le relativisme, une vérité morale peut être vraie et liante pour une personne, alors que ce n’est pas le cas pour quelqu’un d’autre. Faire pratiquer un avortement peut être mal pour une personne, et juste pour une autre. De même, le véritable postmoderne relativiste peut affirmer que deux déclarations contradictoires peuvent être vraies en même temps. Par exemple, quelqu’un peut dire que Jésus-Christ est le Fils de Dieu, et un autre peut dire qu’il ne l’est pas. Pour le postmoderne, ces deux déclarations peuvent être vraies, toutes les deux, en même temps. La loi de la non-contradiction ne lie pas le relativiste. Une nouvelle loi a pris sa place, la loi du relativisme.

Cette proposition, de la part du postmoderne, que toute vérité est relative a, une fois de plus, mis l’Église sur la défensive. La tendance est que le chrétien combat le relativisme absolu en affirmant son extrême à l’autre opposé – l’objectivisme absolue. L’objectivisme absolu croit que toute vérité est objective de la même manière que le relativisme absolu croit que toute vérité est relative. Les vérités objectives sont l’opposée des vérités relatives. Elles ne dépendent pas de la situation, de la culture, du langage, ou n’importe quelle autre variable. Les vérités objectives sont des vérités qui existe par elles-mêmes. Elles sont vraies, mais si personne ne les croit. Un exemple d’une vérité objective peut être le fait que j’ai des filles qui s’appellent Katelynn et Kylee, ou le fait que le soleil brille. Ce sont des vérités qui existent indépendamment. Elles n’ont besoin de rien pour les affirmer, ou les permettre d’être vraies. Comme chrétiens, nous affirmons, avec beaucoup d’emphase, l’existence de vérités objectives. C’est l’un des fondements du christianisme. C’est grâce à la vérité objective de l’expiation que vous et moi, nous avons accès à Dieu. C’est à cause de la vérité objective que Dieu nous a créés, que nous existons. Il n’y a pas de place pour le relativisme dans de telles questions. C’est notre responsabilité de défendre une grande partie de ces vérités objectives à tout prix. Mais c’est là où nous pouvons aller trop loin, avec notre nature extrémiste. S’il est notre responsabilité de défendre certaines vérités à tout prix, ce n’est pas notre responsabilité de défendre toute vérité à tout prix. Afin de contrer celui qui croit que toute vérité est relative, nous pouvons affirmer que toute vérité est objective. Mais est-ce vrai ? Toute vérité est-elle réellement objective ?

Paul, en écrivant aux romains, traite une situation qui est pertinente par rapport à notre question. Des jeunes croyants étaient souvent convaincus qu’il était mauvais de manger des aliments qui était considérés comme impurs. Paul déclare, avec beaucoup d’emphase, que toute nourriture était pure. « Je sais et je suis persuadé dans le Seigneur Jésus, que rien n’est impur en soi …» (Rom 14.14). Paul était en train de dire qu’il n’y avait aucun problème à manger du jambon ! C’est une vérité objective, n’est-ce pas ? Pas tout à fait. La réalité objective était que tous les aliments étaient purs, mais il y avait une situation relative qui déterminait s’il était bon ou mauvais de manger ces aliments : « … mais si quelqu’un estime qu’une chose est impure, alors elle est impure pour lui » (Rom 14.14, suite). Ainsi, si quelqu’un pensait que c’était un péché de manger du jambon, alors, c’était un péché pour lui. Ce n’est pas parce que Dieu serait en colère contre la personne qui mangeait ce qui était impur, mais parce que cette personne croyait consciemment que c’était mal, et se rebellait donc contre sa conscience et contre Dieu. Et ce n’est pas tout, mais Paul continue en disant que tout ce qui ne résulte pas de la foi est péché (v.23). Cela signifie que si je crois que porter des chaussons marron est un péché, mais que je le fais quand même, alors, cela devient péché pour moi. Ce n’est pas le fait de porter des chaussons marrons qui est péché, mais c’est parce que je suis conscient d’une rébellion contre Dieu. De même, si je crois qu’écouter un certain genre de musique à la radio est un péché, mais que je le fais quand même, alors c’est mal pour moi. Mais tout en étant mal pour moi, ce n’est pas nécessairement mauvais pour le passager assis à côté de moi, qui n’a aucune conviction à ce sujet. Dans cette situation, le postmoderne a raison – la vérité, bonne ou mauvaise, est relative. Elle est relative, que la personne agisse contre sa conscience ou pas. Pour une personne, cela pouvait être mauvais de manger du jambon, pour une autre, cela ne l’était pas. Il y a beaucoup de situations comme celle que je viens de décrire qui peuvent arriver dans notre vie de tous les jours. Ce que j’essaie de souligner ici, c’est que la vérité est parfois relative. Nous, chrétiens, devons en tenir compte si nous voulons parler intelligemment à un monde postmoderne.

Mais comment discerner, pour savoir quelles vérités sont relatives et quelles vérités sont objectives ? Ce n’est pas toujours facile. Il y a certaines choses qui ne sont pas clairement annoncées comme étant bonnes ou mauvaises dans les Écritures. Ainsi, la personne doit se remettre, dans la prière, à sa propre conscience pour être guidée. Mais la réalité, c’est que les Écritures parlent avec vérité, et objectivement dans les principes qu’elles annoncent. Tout chrétien est soumis à la vérité de la Parole de Dieu – sans exception.

Mettre l’accent sur ce qui est essentiel

Revenons maintenant à la question de la tolérance dans l’Église. Jusqu’à quel point devons-nous tolérer le comportement objectif de péché d’un croyant ? Quelles croyances sont le sine quoi non (sans quoi, non) du chrétien véritable ? En d’autres mots, quel est le strict minimum, que doit croire une personne pour être sauvée ? C’est l’un des exercices les plus importants que nous pouvons entreprendre pour présenter Christ à un monde postmoderne. Nous devons reconnaître la différence entre l’essentiel de la foi chrétienne et ce qui n’est pas essentiel. Au sujet du salut, nous devons être capables de dire exactement ce que la Bible exige pour le salut – quel est, exactement, le contenu de ce qu’une personne doit croire pour être sauvé ? Faut-il tout simplement « croire au Seigneur Jésus-Christ » (Act 16.31) ? Si oui, qu’est-ce que cela signifie vraiment ? Que doit-on savoir de Christ ? Faut-ils savoir qu’il est Dieu ? Faut-il croire que Christ à pris sa place sur la croix ? Faut-il croire et se détourner de ses péchés ? Ou suffit-il de croire, comme le brigand sur la croix l’a fait, que Jésus était le Roi messie allant vers son royaume ? Que dire sur le Saint-Esprit ? Faut-il aussi croire en lui avant de pouvoir naître de nouveau ? Faut-il croire la trinité, la naissance virginale de Jésus, l’inspiration des Écritures, le Retour du Christ ou l’existence de l’enfer ? La liste pourrait encore s’allonger. La question est : Le non croyant doit-il accepter toutes ces doctrines avant de considérer qu’il est devenu un croyant ? Il n’y a pas le temps ici pour épuiser l’étude de cette question vitale. J’en demande pardon, mais ce n’est pas mon but de définir ici ce qui est essentiel pour le salut.12 Il y a beaucoup, même dans le milieu évangélique, qui sont en désaccord quant à ce qui est essentiel, et ce qui ne l’est pas. Mon but est d’avancer la pertinence de ce sujet. Il est extrêmement important de catégoriser exactement ce que la Bible dit au sujet du salut. De même, il nous est important de déterminer ce qui est nécessaire à la sanctification. Est-il essentiel que les gens aient la « bonne » eschatologie (la compréhension des choses à venir), afin de ressembler de plus en plus à Christ ? Si c’est le cas, quelle en est la véritable importance ? Le baptême est-il essentiel pour le croyant ? Est-ce important si un croyant néglige en permanence l’annonce de l’Évangile ? Une telle liste pourrait s’allonger encore de beaucoup. Mais, un fois de plus, mon but n’est pas de vous amener à une conclusion au sujet de ces questions. Mon but est plutôt de vous aider à comprendre l’importance de la réflexion par rapport à tous ces sujets, et de trouver votre « matrice », par laquelle vous pouvez les filtrer. C’est ce que nous allons considérer maintenant.

Considérer les éléments du tableau ci-dessous. C’est une clé pour comprendre ce que nous voulons dire dans cet article. Je l’ai trouvé très utile dans plusieurs situations différentes. Le tableau est très simple, mais utile pour nous aider à crée une grille pour nos pensées, qui nous aide à filtrer ces différentes questions. Le tableau a deux catégories principales, qui sont ensuite divisées en deux sous-catégories. Ci-dessous se trouvent les définitions des catégories. Considérez les catégories du tableau pendant que vous lisez les définitions suivantes.

1. La véritable relativité : Tout ce qui existe, sur le coté gauche du tableau est vraiment relatif. Ces éléments sont, soit complètement indépendant de ce qui est bon ou mauvais, ou ce qui est bon ou mauvais est déterminé par la situation.

    a. La relativité de situation : ce qui est bon ou mauvais des éléments de cette catégorie dépend de la culture, de l’époque, de la situation, ou un autre élément variable. Les femmes qui ne portent pas de voile (1 Cor 11.5) en est une bonne illustration. Les femmes qui ne portaient pas de voile manifestaient un principe du péché, mais en lui-même le port ou non d’un voile n’était ni bon ni mauvais. Le péché dépendait de l’expression culturelle. Ce même péché peut exister dans notre culture, mais il sera manifesté d’une manière différente.

    b. Une relativité autonome : Cette catégorie contient les éléments qui sont vraiment relatifs. Il n’y a pas de bon ou mauvais. Cette catégorie est remplie principalement des opinions, ou des coutumes autonomes qui n’ont aucun rapport avec le bien ou le mal. Il n’y a pas de « bonne réponse » unique, qui existe en elle-même, mais tout est relatif.

2. La véritable objectivité : Tout ce qui se trouve sur le côté droit du tableau est sur le côté objectif. Tout, sur ce côté, manifeste clairement quelque chose de bien ou de mal. Il y a toujours une vérité objective, qui demeure vraie, peu importe si l’on le croit ou pas. Cela ne dépend pas de l’époque, ni de la culture, ni de quelque situation que ce soit. Ces éléments existent comme vrais ou faux en eux-mêmes. Tous les principes et doctrines bibliques appartiennent à cette catégorie.

    a. l’objectivité essentielle. Sur notre tableau, cette catégorie contient uniquement les éléments essentiels au salut.13 Il doit contenir uniquement les vérités que vous considérez essentielles pour être un chrétien véritable.

    b. L’objectivité non essentielle. Cette catégorie contient des questions à la fois de doctrine et d’autres non doctrinales, qui ne sont pas essentielles au salut. Un bon exemple serait si l’on accepte ou non la position du cessationisme pour le don des langues. Soit le don des langues a cessé, soit il peut encore exister. La vérité est objective. Mais en même temps, c’est une vérité non essentielle, parce qu’il n’est pas nécessaire d’adhérer à l’un ou l’autre de ces points de vue afin d’être sauvé.

Lisez ces catégories avec soin. Une fois que vous aurez terminé, faites votre propre tableau. Gardez-le près de vous pendant quelques semaines. Lorsqu’un problème surgit, décidez dans quelle catégorie il faut le classer. Soyez critique avec vous-même. Ce tableau aura une grande valeur pour comprendre l’existence de ces catégories. Ce ne sera pas un tableau « sans erreur » et infaillible dont vous pourrez vous servir dans toutes les situations. En fait, votre tableau sera certainement différent du mien dans certains détails. La valeur de ce tableau est qu’il exprime la nécessité de réfléchir d’une manière plus profonde quant à ces sujets. Nous vivons dans une culture postmoderne, dans laquelle les gens vivent leur vie plutôt selon le côté gauche du tableau (le relativisme). Nous avons une Église qui veut contrer cela en vivant selon le côté droit du tableau (l’objectivisme). En vous familiarisant avec les éléments de ce tableau, nous arriverons à exprimer les vérités d’une manière beaucoup plus pertinente.

Une autre valeur de ce tableau, c’est le fait de mettre l’emphase là où il faut. Beaucoup de chrétiens mettent un trop fort accent sur leurs points de vue (dont beaucoup sont relatifs) sur certaines questions, face à un non croyant postmoderne, ce qui communique une mauvaise impression. Nous donnons notre avis sur le fait de boire un verre de vin, écouter du rock, ou tel autre domaine semblable, avec autant d’emphase que lorsque nous parlons de la mort et de la résurrection de Jésus-Christ. Nous le faisons comme si nous croyions que convaincre quelqu’un qu’écouter du rock est mauvais, c’est aussi important que de les convaincre de la vérité de l’Évangile. Nous devons comprendre que convaincre quelqu’un, au sujet d’un domaine qui est en dehors de l’objectivité essentielle, ne les sauvera pas. C’est un problème grave dans l’Église. Nous mettons un accent très important sur des questions mineures. Nous pouvons argumenter toute une journée avec un non chrétien au sujet de l’évolution, et ne jamais leur exposer l’Évangile. Ainsi, nous ne leur donnons même pas l’occasion de croire ce qui est essentiel. Permettez-moi de clarifier cela : Il n’y a pas de mal à discuter ou même débattre des choses non essentielles. Mais nous devons garder en tête que ce qui n’est pas essentiel ne sauve pas. Ces questions peuvent être utiles pour amorcer une approche de l’annonce de l’Évangile, mais elles ne doivent jamais le remplacer. Nous devons arriver à l’Évangile lors des occasions que nous avons de témoigner. Onze des douze prédications dans le livre des Actes parlent de la mort et de la résurrection de Christ. La seule prédication qui n’en parle pas est celle d’Etienne, et si elle n’avait pas été arrêtée avant la fin, il aurait certainement présenté le Seigneur ressuscité aux membres du Sanhédrin. Il est donc essentiel de mettre l’emphase principal sur l’Évangile, car c’est le seul message qui communique la vie éternelle.

    Examiner ce paragraphe afin de voir ce qui en est le problème. On enseigne dans les cours qu’on n’accentue pas trop de mots. Vous gardez votre emphase pour ce qui compte le plus. Si vous accentuez trop, alors, lorsque vous arrivez à un mot ou à une déclaration que vous voulez vraiment accentuer, vous n’avez plus de moyen d’exprimer votre emphase. Tous les emphases donnent l’impression qu’ils ont la même importance.

C’est exactement ce que fait l’Église, au sujet de beaucoup de doctrines. Nous mettons l’emphase sur quelque chose de non essentiel. Puis, lorsque nous arrivons à aborder quelque chose de vraiment important, il ne nous reste plus de façon valable pour l’accentuer. C’est ce que nous appelons l’exagération. Strunk et White, dans leur livre excellent sur l’écriture, The Elements of Style, mettent en garde contre ce problème :

    « Lorsque vous exagérez, les lecteurs seront constamment sur leur garde, et tout ce qui précède, aussi bien que tout ce qui suivra cette exagération, sera suspect dans leur pensée, parce qu’ils ont perdu confiance en votre jugement ou votre sang-froid. C’est une erreur très répandue. Mais une seule déclaration excessive, peu importe où ou comment cela arrive, diminue tout l’ensemble, et un simple superlatif a la capacité de détruire, pour le lecteur, l’objet de votre enthousiasme ».14

Si l’on met trop d’emphase sur ce qui n’est pas essentiel, cela ne rend pas plus important ces éléments non essentiels ; mais il rend ce qui est vraiment essentiel moins important. Nous finissons par détruire « l’objet de notre enthousiasme » : l’Évangile de Jésus-Christ. Une fois que cela arrive, le postmoderne non croyant peut accepter ce qui est essentiel uniquement parce qu’il les voit sur ce plan diminué de la relativité. Nous devons continuellement nous poser la question ce que nous avons accentué dans nos vies, et si ces éléments méritent une telle place. Une grande partie de la vie des gens est remplie d’opinions, de dadas, de disputes et de frustrations. Lorsque le non croyant postmoderne vous regarde, que considère-t-il comme ayant l’accent important dans votre vie ? Nous ne devrions avoir que très peu de choses que nous accentuons, afin de garder cette emphase pour ce qui compte vraiment. Nous ne pouvons pas rendre un plus grand honneur à Christ que d’accentuer les mêmes éléments que lui, a accentués.

Conclusion

Pouvons-nous tolérer la personne postmoderne ? Quelles sont les questions que nous devrions tolérer ? Ce sont des questions qui n’ont pas encore trouver une réponse complète. La tolérance est une question difficile, mais il faut remettre à plus tard l’examen de ces questions plus précises. C’est ma prière qu’un intérêt dans le fait d’apprendre et d’enseigner les fondamentaux de la foi a été suscité. Il y a eu des progrès. Nous comprenons que la tolérance est un mandat dans la vie de l’Église. Nous comprenons également que la Bible enseigne le fait qu’il existe beaucoup de situations où la vérité est relative. De telles étapes sont vitales pour notre témoignage à une culture postmoderne. Si nous devons évangéliser dans le monde d’aujourd’hui, nous avons besoin d’être pertinents. Il ne faut pas paniquer lorsque quelqu’un affirme que la vérité est relative. Nous pouvons dire qu’ils ont raison, mais seulement dans la mesure où certaines vérités sont relatives. Lorsqu’ils réclament la tolérance, nous pouvons la réclamer avec eux, puis, expliquer la différence entre la tolérance et la compromission.

Ayant fait cela, il est important de nous souvenir qu’en tant que croyants, nous serons quand même rejetés. Comme Jésus l’a dit, « Souvenez-vous de la parole que je vous ai dite : Le serviteur n’est pas plus grand que son maître. S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi… » (Jean 15.20). Ce dont nous devons nous préoccuper, comme chrétiens, c’est d’être sûrs d’être persécutés pour la bonne raison. Nous ne voulons pas donner au non croyant n’importe quelle raison supplémentaire pour rejeter le Christ que ce qu’il pense déjà.

Comment présenter Christ à une personne postmoderne ? Nous les approchons comme n’importe quel non croyant de n’importe quelle autre époque, culture ou langue – nous leur présentons le Sauveur crucifié et ressuscité. Nous leur apportons l’essentiel.


1 On peut également décrire notre culture comme subjective, pluraliste et pragmatique, mais pour cette étude, nous utiliserons surtout le terme « relatif » et d’autres synonymes, assumant un lien fort entre tous ces termes.

2 Le terme postmoderne sera mieux définie pendant cette étude. Brièvement, « postmodern » décrit une tendance actuelle dans notre culture qui commença à la fin du 20ème siècle, qui est relativiste dans sa manière d’aborder la vérité et les connaissances.

3 L’épistémologie décrit la maniere dont nous comprenons la nature et les fondements de la connaissance.

4 Charles COLSON, How Now Shall We Live (Wheaton, Ill: Tyndale, 1999), p. 23.

5 Voir Millard ERICKSON, Truth or Consequences (Downers Grove, Ill: IVP, 2001); Douglas GROOTHUIS, Truth Decay (Downers Grove, Ill. IVP, 2000); J. GRENZ, A Primer on Postmodernism (Grand Rapids, Mi.: Eerdmans, 1996); J. Richard MIDDLETON & Brian J. WALSH, Truth is Stronger Than It Used To Be (Downers Grove, Ill.: Intervarsity Press, 1995). Voir également Walter Truitt ANDERSON, Reality Isn’t What It Used to Be (San Francisco, CA.: Harper Collins, 1990).

6 John HANNAH, Our Legacy (Colorado Springs, CO: NavPress, 2001), p. 41.

7 Voir Jacques LE GOFF, The Birth of Purgatory (Chicago: University of Chicago, 1984), qui affirme que St Augustin était « le véritable père de la purgatoire » (p. 61).

8 Tâchez de comprendre que je ne minimise pas le besoin du chrétien d’affirmer la vérité. La foi chrétienne n’est pas une religion qui peut exister sans la doctrine de vérité absolue. J’applaudis beaucoup dans l’Église d’aujourd’hui qui sont en train d’équiper les chrétiens de manière à les permettre de tenir fermement à la vérité absolue. Je tente tout simplement de placer un tampon entre les extrêmes, pour nous permettre de demeurer fidèles à la vérité des Écritures d’une manière pertinente.

9 Je ne veux pas dire par cela que tous les chrétiens croient qu’il y a une vérité absolue. En fait, je pense qu’il y en a beaucoup qui ne le croient pas. Dans mon ministère auprès des célibataires, jeunes ou plus âgés, on m’ouvre les yeux à la vérité de Stanley Toussaint, l’un de mes anciens professeurs à la faculté de théologie de Dallas, qui m’enseigna que « les péchés de la culture deviennent les péchés de l’Église ». La philosophie postmoderne de la culture actuelle commence à atteindre les bancs des églises.

10 Petit Larousse Illustré, 1979.

11 BAGD, 65.

12 Même s’il semble clair que le plus vital de tout ce qui est essentiel, c’est la mort, la mise en terre et la résurrection de Christ. Paul semble avoir rendu cela très clair en 1 Corinthiens 15 : « Je vous ai transmis, avant tout, ce que j’avais reçu : Christ est mort pour nos péchés, selon les Écritures ; il a été enseveli, il est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures » (1 Cor 15.3-4, emphase ajouté).

13 Ce carré pourrait aussi être utilisé pour notre ce qui est essentiel à la sanctification.

14 STRUNK et WHITE, Elements of Style, (Needham Heights, MA: Allyn et Bacon), p. 7.

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